Le Télégramme (France - Bretagne), samedi 2 juillet 2005

 

Juan Carlos Lecompte. « Au nom d'Ingrid »

 

Recueilli par Hervé Queillé

« Au nom d'Ingrid » il poursuit inlassablement sa quête de soutiens à travers le monde. Juan-Carlos Lecompte, le mari d'Ingrid Bétancourt, est l'invité du comité de soutien breton aux otages colombiens, ce week-end, en Côtes-d'Armor.

Un week-end très chargé, rythmé par de multiples rencontres, conférences et autres cérémonies. Le Colombien ne veut négliger aucune piste, aucun effort pour faire libérer Ingrid, toujours aux mains des guérilleros des forces armées révolutionnaires colombiennes (Farc), comme 3.000 autres otages.

Comme pour Florence

« Vus de Bretagne, ça peut paraître loin, la Colombie et tous ces problèmes. Pourtant, la mobilisation des opinions publiques, le soutien des médias sont essentiels. J'aimerais qu'on en fasse autant pour Ingrid que pour Florence Aubenas. Je ne comprends pas comment les otages et les journalistes roumains ont pu être libérés, alors que la situation en Irak est plus compliquée et plus dangereuse qu'en Colombie. Cela montre que la France et l'Union européenne pourraient faire quelque chose de plus pour les otages colombiens. Je ne sais pas et ne veux pas savoir comment ils ont réussi à libérer les otages en Irak, mais je veux qu'ils fassent quelque chose. »

Rien à voir avec l'Oréal

En tout cas, Juan Carlos, lui, n'a pas l'intention de baisser les bras. Il a ainsi fermé son agence de communication à Bogotá : « Cela me donne plus de temps pour Ingrid même si je travaille toujours en free-lance dans la publicité. Il faut bien gagner sa vie ; la famille d'Ingrid n'a en effet aucun lien de parenté avec les Bettancourt qui détiennent l'Oréal contrairement à ce que l'on dit » affirme-t-il avec le sourire.

Il est vrai que, question patronyme, il est servi : « Les Lecompte ont émigré d'Honfleur en Colombie à la fin du XIXe siècle. L'autre jour à Dublin, on m'a raconté que c'était le nom d'un célèbre voleur de bijoux ; le comble, il se prénommait Juan Carlos ! »

« Je voudrais la voir »

L'humour, assurément la meilleure arme de cet homme affable et plein de charme pour résister à la pression du quotidien, à l'insoutenable attente : « Le plus terrible c'est que tout Colombien sait que, riche ou pauvre, il peut être touché par un enlèvement, même si tout le monde fait comme si la menace n'existait pas. »

Quoi qu'il en soit, malgré sa décontraction apparente, Juan Carlos, pour ne pas désespérer, recherche sans relâche contacts et nouvelles : « L'autre jour, je suis allé à l'endroit où Ingrid a été enlevée. J'ai rencontré des sympathisants de la guérilla, qui ravitaillent les Farc ou les paramilitaires. Je leur ai confié des photos des enfants pour Ingrid. Le 8 juin, j'ai reçu un message sur mon répondeur, me disant qu'elles lui avaient été remises. C'est réconfortant mais ce que je voudrais c'est rendre visite à Ingrid. J'estime, qu'au bout de trois ans, j'en ai le droit ! »

« Légaliser la drogue »

Quant à parler de libération, Juan Carlos se montre peu optimiste, même si des contacts viennent d'être établis entre les Américains (qui ont trois otages) et la guérilla : « La drogue est au coeur du problème, c'est le nerf de la guerre. À mon avis, la seule façon de mettre fin à la violence, aux enlèvements en Colombie est de légaliser la drogue dans le monde. C'est une situation similaire à ce qu'ont connu les USA dans les années 20 avec la prohibition de l'alcool. »

Y croit-il vraiment ? En tout cas, le Colombien poursuit son combat. Il sera de retour en Bretagne dans trois semaines pour les Vieilles Charrues. L'occasion de mobiliser les populations. Mais aussi de rencontrer Deep Purple, l'un de ses groupes préférés, confie-t-il en chantant « Smoke on the water ». Tant qu'il y a de la vie...