La Presse, mercredi 19 janvier 1994

 

Il faut légaliser les drogues !

 

L'Amérique engloutit des milliards dans la lutte à la drogue et il faut maintenant s'avouer que la bataille ne se gagnera pas avec les méthodes que notre société emploie, même si la répression sécurise la population.

Les quantités saisies sont de plus en plus grosses, mais le nombre de drogués ne diminue pas, et le crime est en augmentation constante, demandant de nouvelles et de plus en plus de forces répressives, avec tout ce que cela comporte de danger pour la démocratie.

Quand on entraîne des corps policiers à faire la guerre, en les armant jusqu'aux dents et, pire, en étant les complices de leurs écarts de conduite, nous nous dirigeons sans doute vers un État policier, au mieux, et vers une dictature à plus ou moins longue échéance. Plusieurs événements récents nous prouvent qu'une police trop forte a tendance aux abus de pouvoir.

La culture, la contrebande, le trafic, l'usage, la répression et la pénalisation comportent des coûts faramineux pour une société qui n'en a guère les moyens. Mais ils comportent aussi toute une industrie qui en vit et dont l'intéret demeure du coté de la répression. Prisons, gardiens, psychologues, psychiatres, maisons de réhabilitation, avocats, policiers, gendarmerie, douaniers, fabricants de matériel de détection, et même entraîneurs de chiens senteurs vivent de cette industrie.

Je suis donc de ceux, plus nombreux qu'on pense, mais plus discrets, qui sont d'avis que le meilleur moyen d'enrayer ce fléau est de légaliser, tout en la contrôlant, la vente de toutes les droques.

En rendant celles-ci accessibles aux drogués, ils n'auront plus besoin de voler, de violenter, de se prostituer pour se les procurer. Ils consommeront au grand jour, ce qui permettra à la société de les identifier et de les aider.

Le fisc tirera des impôts des compagnies pharmaceutiques, des producteurs et des pharmaciens, impôts qui pourront servir à la réhabilitation et à l'éducation de notre société.

L'illégalité du trafic des drogues est semblable à celle de la prostitution. La société essaie de ne pas voir et devient volontairement aveugle des vrais problèmes. Il y a beaucoup de conservateurs qui ne voudront jamais même essayer une nouvelle approche. On ne pourra pas dire que cela ne fonctionne pas avant de l'avoir essayé.

C'est toutefois un signe de maturité quand une société prend des mesures pour faire face à ses problèmes au grand jour, et se donne de nouveaux outils.

Je veux former une association de gens qui pensent de cette manière, pour pouvoir influencer nos législateurs dans cette direction.

Jacques PILON

Saint-Lambert

 

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